
Pourquoi les entreprises ont un rôle essentiel dans la sensibilisation au cancer du sein
Octobre Rose bat son plein. Dans de nombreuses entreprises, on distribue des rubans roses et on illumine l’immeuble. C’est un bon début, mais le rôle de l’employeur va bien plus loin. Une femme sur huit sera touchée par un cancer du sein au cours de sa vie : dans toute équipe de quelques dizaines de personnes, quelqu’un est concerné, directement ou par un proche. Voici pourquoi l’entreprise est un acteur clé de la sensibilisation, et comment agir concrètement, toute l’année. 1. Pourquoi l’entreprise est concernée dans la lutte contre le cancer du sein Les chiffres sont massifs. En 2022, environ 2,3 millions de femmes ont reçu un diagnostic de cancer du sein dans le monde, et environ 670 000 en sont mortes, selon l’OMS. Voir la fiche de l’OMS. Détecté tôt, il se guérit dans la grande majorité des cas. Des organismes français de santé au travail avancent 9 cas sur 10. Pourtant, moins d’une femme sur deux participe au dépistage organisé en France. Les inégalités sont fortes. Dans les pays à indice de développement humain très élevé, une femme sur 12 reçoit un diagnostic et une sur 71 en meurt. Dans les pays à faible indice, une sur 27 est diagnostiquée, mais une sur 48 en meurt, ce qui reflète les écarts d’accès au diagnostic et au traitement. Le lieu de travail touche beaucoup de monde. C’est un canal de communication direct avec des personnes qui n’iraient pas chercher l’information d’elles-mêmes. 2. Cinq rôles essentiels de l’entreprise dans la lutte contre le Cancer du sein 1. Informer de façon fiable Relayez des informations vérifiées : signes d’alerte, âge de dépistage, ressources locales. Octobre Rose existe depuis 32 ans, mais la sensibilisation ne doit pas se limiter à un mois. Appuyez-vous sur des sources officielles, comme la Société canadienne du cancer au Canada ou les ministères de la Santé de votre pays. 2. Faciliter le dépistage du Cancer du sein Informer ne suffit pas toujours : il faut aussi rendre l’action possible. Relayez les campagnes de dépistage, invitez une association ou un hôpital partenaire à animer un atelier, et acceptez que les employées puissent prendre rendez-vous sans pénalité. Des organismes de santé au travail recommandent précisément de relayer les campagnes et de proposer des ateliers avec les ligues contre le cancer. 3. Briser le tabou et créer un climat de confiance Une salariée qui se sent écoutée parle plus facilement de ses besoins, avant comme après la maladie. L’information de santé reste strictement personnelle : l’objectif est d’informer et de faciliter, jamais de demander. Les hommes ont aussi un rôle à jouer : ils peuvent être concernés, car le cancer du sein existe chez eux, et ils soutiennent leurs collègues, leurs proches et leurs partenaires. 4. Accompagner la maladie et le retour au travail Fatigue, traitements, rendez-vous médicaux, difficulté à retrouver son rythme : tout cela complique le maintien ou le retour à l’emploi. L’absence d’une personne peut aussi peser sur la cohésion d’équipe et la charge de travail de ses collègues. Un employeur compréhensif, qui prévoit des mesures d’adaptation, aide la personne à revenir en confiance. Voir le guide de l’Efficience santé au travail. 5. Soutenir la recherche et les causes, sans « pinkwashing » Les dons et les partenariats comptent, par exemple avec la Fondation du cancer du sein du Québec. Mais une campagne symbolique sans politique interne réelle sonne creux. La crédibilité vient de la cohérence entre le message et les pratiques. 3. Le cadre légal Si vous avez des employés, voici les repères de base, à valider avec la CNESST ou un juriste : Sujet Règle Absence pour maladie Jusqu’à 26 semaines sur 12 mois, avec protection du lien d’emploi (art. 79.1 de la Loi sur les normes du travail) Salaire La majeure partie de l’absence est sans solde, avec 2 jours payés par an. L’assurance salaire collective et l’assurance-emploi peuvent prendre le relais Retour Réintégration dans le poste habituel, avec les mêmes avantages (art. 79.4) Accommodement Les tribunaux reconnaissent un devoir d’accommodement raisonnable, sauf contrainte excessive Sources : CNESST, art. 79.1 et art. 79.4. En France, en Afrique ou ailleurs : les droits et les protections varient selon le pays. Vérifiez la législation du travail locale, la médecine du travail et les régimes d’assurance maladie disponibles. 4. Un plan d’action en cinq étapes Désignez un référent (RH, direction ou employée volontaire) et formez un petit comité. Planifiez toute l’année, pas seulement octobre : un temps fort en octobre, un rappel au printemps, une information à la rentrée. Choisissez des actions utiles : atelier, conférence, affichage informatif, fiche pratique, courriel du dirigeant. Facilitez concrètement : horaires flexibles pour les examens, partenariat avec un centre de santé, journée de dépistage gratuit sur place si c’est possible. Préparez le soutien : formez les gestionnaires à accueillir une annonce de maladie, à protéger la confidentialité et à organiser un retour progressif. Taille de l’entreprise Actions simples à lancer Moins de 20 personnes Un message du dirigeant, une fiche d’information, une pause-café « santé » 20 à 200 personnes Un atelier avec une association, une politique claire sur les rendez-vous médicaux Plus de 200 personnes Un comité interne, un partenariat annuel, une formation des gestionnaires 5. Les bonnes pratiques et les pièges à éviter À faire : Informer sans jamais poser de questions médicales aux employés. Respecter la confidentialité de toute information de santé. Inclure les hommes dans la démarche. Utiliser des sources fiables. Mesurer la participation et recueillir des commentaires. À éviter : Une campagne purement décorative sans mesure concrète. Promettre une guérison ou donner des conseils médicaux : ce n’est pas le rôle de l’employeur. Pointer ou stigmatiser une personne malade. Imposer la participation à une activité. 6. Pourquoi c’est aussi bon pour l’entreprise S’engager dans Octobre Rose renforce la responsabilité sociale de l’organisation, l’image d’employeur bienveillant et le sentiment d’appartenance. Mais le premier bénéfice est humain : un dépistage plus précoce peut changer une trajectoire, et un retour au travail bien préparé profite à la salariée




