
Cancer du sein et santé cardiovasculaire : ce que les patients doivent savoir
Santé cardiovasculaire et cancer du sein : les choses à savoir. Grâce au dépistage et aux traitements, de plus en plus de femmes survivent à un cancer du sein. Cette bonne nouvelle déplace une partie de l’attention vers le long terme, et en particulier vers le cœur. Certains traitements peuvent le fragiliser, et plusieurs facteurs de risque sont communs aux deux maladies. L’objectif de cet article n’est pas d’inquiéter, mais d’informer : un cœur bien suivi permet de mieux profiter de la guérison. Un principe d’abord : n’arrêtez ni ne modifiez jamais un traitement anticancéreux de votre propre initiative. Les traitements sont choisis parce que leur bénéfice pour votre survie dépasse en général leurs risques. Le bon réflexe, c’est d’en parler avec votre équipe. 1. Pourquoi la santé cardiovasculaire est concernée La survie augmente. Plus de femmes vivent longtemps après un cancer du sein, avec une exposition croissante à des traitements qui peuvent être toxiques pour le cœur. Les traitements peuvent avoir un impact. À chaque étape du parcours thérapeutique, des atteintes cardiovasculaires variées peuvent survenir. Les facteurs de risque se recoupent : âge, surpoids, sédentarité, tabac, alcool, hypertension, diabète, cholestérol. Les survivantes ont un risque cardiovasculaire majoré, ce qui justifie un suivi à long terme. Selon les revues de spécialistes, la maladie cardiovasculaire est même une cause majeure de maladie et de décès chez les survivantes. Voir Cardio-online et CancerNetwork. Ce risque est une probabilité, pas une certitude : beaucoup de patientes ne développent aucun problème cardiaque. 2. Les traitements et leurs effets possibles sur la santé cardiovasculaire Traitement Effet possible sur le cœur Anthracyclines (doxorubicine, épirubicine) Dysfonction du ventricule gauche et insuffisance cardiaque, dépendantes de la dose cumulée. Les lésions sont souvent permanentes Thérapies anti-HER2 (trastuzumab, pertuzumab) Baisse de la fonction cardiaque, qui s’améliore souvent après l’arrêt. Le risque augmente lorsque ces traitements suivent une exposition aux anthracyclines Radiothérapie thoracique (surtout sein gauche) Complications tardives sur les artères coronaires ou les valves. Les techniques modernes visent à réduire la dose reçue par le cœur Tamoxifène Risque accru de caillots dans les veines (thrombose veineuse) Inhibiteurs de l’aromatase Peuvent favoriser l’hypertension et majorer le risque cardiovasculaire global Inhibiteurs de CDK4/6 Peuvent allonger l’intervalle QT (anomalie du rythme visible à l’électrocardiogramme) Les anthracyclines provoquent des lésions cellulaires permanentes, alors que les atteintes liées aux anti-HER2 sont souvent temporaires. Voir ces explications de la cardiotoxicité. 3. Qui est plus à risque ? Plusieurs éléments augmentent la probabilité de complications cardiaques : une dose cumulée élevée d’anthracyclines ; un âge plus avancé ; des antécédents cardiaques ou une fonction cardiaque déjà réduite ; l’hypertension, un taux de cholestérol élevé, le diabète, le tabagisme, l’obésité ; la combinaison de plusieurs traitements toxiques pour le cœur (par exemple anthracyclines, trastuzumab et radiothérapie). Ces facteurs modifiables sont aussi ceux sur lesquels vous pouvez agir. 4. Ce que votre équipe médicale peut faire Évaluer votre santé cardiovasculaire avant le traitement : tension artérielle, électrocardiogramme, échocardiographie, bilan sanguin (cholestérol, glycémie), selon le traitement prévu. Surveiller pendant le traitement, notamment avec le trastuzumab, par des examens réguliers de la fonction cardiaque. Adapter le plan : ajuster ou différer un traitement si la fonction cardiaque baisse, choisir des techniques de radiothérapie qui limitent l’irradiation du cœur. Proposer des médicaments de protection dans certains cas. Dans un essai contrôlé chez des patientes HER2-positives, deux médicaments cardiaques ont évité la baisse de la fraction d’éjection. Cette décision revient au cardiologue. Orienter vers la cardio-oncologie, une spécialité qui réunit cardiologues et oncologues. Des lignes directrices européennes ont été publiées en 2022, et l’exercice physique est de plus en plus intégré aux soins. 5. Dix questions à poser à votre oncologue Mon traitement comporte-t-il un risque pour le cœur ? Quel bilan cardiaque dois-je faire avant de commencer ? À quelle fréquence mon cœur sera-t-il surveillé ? Mes antécédents (tension, cholestérol, diabète, tabac) changent-ils quelque chose ? La radiothérapie peut-elle être planifiée pour épargner le cœur ? Quels symptômes dois-je signaler tout de suite ? Dois-je consulter un cardiologue ou un cardio-oncologue ? Mes autres médicaments sont-ils compatibles ? Quelle activité physique puis-je pratiquer, et à partir de quand ? Quel suivi cardiaque après la fin du traitement ? 6. Les symptômes à ne pas ignorer Parlez-en rapidement à votre équipe si vous remarquez : un essoufflement inhabituel à l’effort ou en position allongée ; un gonflement des chevilles ou des jambes ; une fatigue disproportionnée ou nouvelle ; des palpitations ou un rythme cardiaque irrégulier ; des vertiges ou des malaises. Appelez les secours (ou consultez en urgence) en cas de : douleur ou oppression dans la poitrine, essoufflement brutal, malaise avec perte de connaissance, ou jambe gonflée, rouge et douloureuse (risque de thrombose). 7. Ce que vous pouvez faire pour votre santé cardiovasculaire Ces gestes sont utiles pendant et après le traitement, avec l’accord de votre équipe : Contrôler la tension, le cholestérol et la glycémie régulièrement. Ne pas fumer et limiter l’alcool, qui est aussi un facteur de risque pour le cancer du sein. Bouger : une activité physique adaptée à votre état, progressive. Demandez à votre équipe ce qui convient à votre étape de traitement. Manger équilibré : légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes, poisson, huiles végétales ; moins de sel, d’aliments ultra-transformés et de boissons sucrées. Maintenir un poids de santé. Dormir suffisamment et gérer le stress. Prendre vos médicaments pour la tension ou le cholestérol comme prescrit. 8. Après le traitement : un suivi à long terme Les effets sur le cœur peuvent apparaître des mois, voire des années après. Prévoyez : un contrôle annuel de la tension, du cholestérol et de la glycémie ; un suivi cardiologique si vous avez reçu des traitements à risque ; un dossier personnel : gardez un résumé de vos traitements (types, doses, dates, radiothérapie), à présenter à chaque nouveau médecin. 9. Si l’accès aux examens est limité Dans certains pays ou régions, l’échocardiographie et la consultation en cardio-oncologie ne sont pas toujours accessibles. Dans ce cas : demandez au moins




